Etude 023
Décembre 2007
Demain, avec ou sans Dieu ?
Avant propos : Cette petite étude sans grande prétention a pour but de donner mon point de vue sur les questions qui seront débattues dans le cadre d’un colloque qui se tiendra à Toulouse en janvier prochain à l’initiative du GREP.
En tout premier lieu je voudrais rappeler qu’en philosophie on distingue 2 grandes options opposées et qui, selon moi, sont inconciliables et non susceptibles de compromis. En effet, ces 2 options postulent d’entrée de jeu :
- l’une, le spiritualisme, qui affirme que l’Esprit domine la matière « la substance du monde serait de nature spirituelle, c’est à dire primauté de l’âme et de la religion d’après Leibnitz » ;
- et l’autre, le matérialisme, qui considère que l’Esprit est une fonction de la matière et serait partie intégrante des espèces vivantes et dont les tenants fondent leurs convictions sur des bases rationnelles.
La plupart des religions s’appuient sur le 1er postulat et se réfèrent à un Dieu omnipotent, créateur et animateur de toutes choses alors que les matérialistes ( au sens noble du terme ) nient l’existence d’un être supérieur et considèrent que La Raison émanant de la réflexion humaine est maîtresse de tout évènement de caractère humain...
Là je voudrais néanmoins préciser une chose qui me semble d’une grande importance et qui conduit à des confusions et des amalgames exploités à dessein par certains à savoir que la Spiritualité n’est pas obligatoirement du domaine religieux et tout ce qui se rapporte à l’Art et à la réflexion philosophique, entre autres, est du domaine de l’esprit fonction de l’intellect humain...
Notons quand même au passage que l’Agnosticisme qui peut être considéré comme une voie intermédiaire entre le spiritualisme et le matérialisme n’est en fait qu’un pis aller qui ne peut lever le doute entre les 2 options majeures citées ci-dessus...En effet, à ma connaissance les agnostiques considèrent que l’homme ne pourra jamais savoir s’il y a un Dieu ou non car ses facultés intellectuelles sont dans l’impossibilité de concevoir une transcendance quelconque et de ce fait rejettent toute idée d’un Dieu tout puissant...
Appesantissons-nous un instant sur les moyens intellectuels dont nous disposons pour toutes réflexions quel qu’en soit l’objet : ces moyens intellectuels sont localisés dans notre cerveau si mes souvenirs sont exacts et celui-ci est constitué de cellules (neurones ) dont le fonctionnement et les spécialisations sont très complexes ? D’autre part, et jusqu’à nouvel ordre, nos sens limités à 5 sont dans l’impossibilité de ressentir ce qui n’est pas de caractère matériel que ce soit les odeurs, les accélérations, les températures ou tous autres stimuli physiques...
Et puis nous évoluons dans un univers à 3 dimensions et sommes nous-mêmes un volume c'est-à-dire que nous avons 3 dimensions que les physiciens positionnent selon un trièdre à 3 axes X.Y.Z.
Il nous est impossible d’imaginer avec nos sens et notre intelligence un univers à plus de 3 dimensions, seules les mathématiques évoquent, à partir des théories d’Einstein ( courbure de l’espace-temps ) l’hypothèse d’une 4 ème dimension et l’analyse combinatoire propose aussi des réponses plus ou moins valables mais de là à affirmer que Dieu existe et serait présent en tout il y a une très grande marge, d’ailleurs les chrétiens ont abandonné, si je ne m’abuse, le « Panthéisme », dogme qui affirme que tout ce qui existe est Dieu...
De toutes façons, l’univers, même comme l’imaginent les Panthéistes, serait constitué d’un nombre infini de dimensions ce qui est inconcevable par les humains et c’est peut-être la raison pour laquelle les théologiens n’en parlent plus...
D’après mes connaissances le Panthéisme aurait été abandonné du fait des avancées dans le domaine scientifique en particulier de la meilleure connaissance du cosmos qui contredirait les dogmes fixistes du monde où vivent les hommes créés par Dieu et les hypothèses de l’expansion de l’univers, en effet que deviendrait toutes les lois morales de caractère absolu imposées par l’Eglise pour les humains vivant sur la terre s’il existe d’autres mondes habités et puis l’Evolutionnisme de Darwin est gênant pour une théorie unitaire...
Qu’ont les croyants comme arguments pour croire et faire croire à l’existence de Dieu sinon leur Foi ? Sans vouloir être systématiquement ennemi de la Foi en tant que croyance aveugle en une valeur quelle qu’elle soit je la réfute en tant qu’argument pseudo scientifique...
Par contre, je reconnais l’existence de l’intuition en tant qu’ancien scientifique pour l’avoir rencontrée lors de certains de mes travaux mais cela n’avait rien de transcendant ni de mystique mais simplement dû à la persévérance et la concentration sur un sujet bien focalisé dont un résultat de caractère matériel était l’aboutissement...
En fait la Foi des Croyants est de la persévérance poussée à ses limites mais ne débouche sur rien de concret matériellement sinon peut-être sur la compassion...
Dans un même ordre d’idées les « supporters » des équipes sportives qui crient et chantent pour encourager leurs joueurs créent un climat psychologique qui vient stimuler et renforcer la combativité des intervenants...Et là je dois préciser que le psychisme est intimement lié aux fonctions intellectuelles de l’homme et pourquoi pas des animaux ?...
Des sociétés initiatiques emploient le terme « d’Egrégore » pour qualifier ce phénomène amplificateur...
Et puis je me demande si le titre du colloque organisé par le GREP est bien approprié en la circonstance et qu’il ne conviendrait pas de le rectifier au profit de :
« Demain, avec ou sans religion? » car, en effet quel est le vecteur porteur de ce questionnement déiste sinon les religions qui entretiennent depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires, une ambiguïté sur les origines et les comportements humains...
Les mythologies des civilisations anciennes jugées avec le recul du temps et nos connaissances actuelles sont pleines d’histoires des plus invraisemblables dont ne sont pas exclues les guerres et affrontements divers ce qui tend à prouver que les héros, plus ou moins mythiques, sont eux-mêmes porteurs d’agressivité...
Les religions dites « du livre » dans lesquelles nous baignons de nos jours n’échappent pas à cette agressivité et ce besoin de s’imposer aux humains pratiquement toujours sous une forme ou sous une autre et il n’est pas nécessaire de rappeler les antagonismes pour ne pas dire les conflits qui ont ensanglanté et ensanglantent encore notre planète de nos jours pour admettre que là ne se trouve pas la solution...
Et puisque je parle des religions du livre je crois qu’il y est évoqué que « Dieu a fait l’Homme à son image » alors pourquoi ne pas aller directement au but et prendre l’Humanisme, philosophie mettant l’Homme au centre de tout, comme dénominateur commun d’une société sans classe ni hiérarchie arbitraire et héréditaire ?
Parmi les sujets soumis à réflexion, je vois venir le piège qui veut nous enfermer dans le dilemme « binaire » : Dieu ou pas Dieu ?
Je dis « piège » car le problème de la Société de demain n’est pas de caractère religieux surtout si l’on considère avec un peu de réalisme les systèmes économiques et politiques qui nous sont imposés par des groupements humains tout puissants au plan matériel. Beaucoup de ceux-ci affichent des « valeurs » religieuses connaissant parfaitement l’impact que cela peut avoir auprès de certains dépourvus de réflexion personnelle et acceptant au nom de la « volonté divine » leur pénible sort....Il n’est qu’à voir la progression des églises protestantes diverses et variées créées aux USA et se répandant en Amérique Latine et en Afrique pour s’en convaincre...
En forçant le trait, on pourrait reprendre l’expression de Marx : la religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit d’une époque sans esprit. « Elle est l’opium du peuple ». (K.Marx - Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel).
D’autre part si l’on prend en considération la philosophie de Nietzsche qui évoque le Surhomme
nous n’en serions qu’à un stade intermédiaire de l’évolution de la vie et l’on peut très bien faire l’hypothèse que ce Surhomme disposerait de plus de 5 sens et aurait accès à plus de 3 dimensions ce qui n’est pas le cas de l’homme actuel, l’évolutionnisme de Darwin ne réfute pas ce point que je sache...
Le colloque du GREP qui préside d’une bonne intention, d’une part, laissera sur leur faim ceux qui y participeront car les convictions, qui s’incrustent davantage jour après jour dans les esprits, surtout du fait des matraquages systématiques des média sont quasi irréversibles et, d’autre part le conditionnement religieux même s’il n’est que superficiel dans certaines familles laisse inévitablement des traces difficiles à effacer ne serait-ce que les fêtes religieuses ( Noël, Pâques, Pentecôte, etc.) qui sont des occasions de retrouvailles familiales...
Même si le principe d’un tel colloque est louable je pense que les échanges qui s’y feront ne seront pas totalement positifs malgré la compétence trop bien ciblée des orateurs qui eux-mêmes ne seront pas réceptifs aux arguments des intervenants de la salle car, quoi qu’on en pense, il y a toujours un refus plus ou moins conscient des arguments allant en sens inverse de sa vision personnelle dont on est imprégné mais là c’est un autre sujet qui touche à la méthodologie...
Personnellement je préfère la dynamique de groupe avec l’oubli de soi-même dès le début des échanges...
Mais c’est une autre question...
Pour conclure, et bien que je n’aie pas voulu développer ce point, je suis fermement contre cette nouvelle théorie scientifico-religieuse de « l’intelligent design » qui nous vient des USA et qui tente de répondre aux scientifiques qui refusent la notion de Dieu en affirmant que le monde évolue selon une loi prédéfinie en contournant le Darwinisme..
Pour résumer tout ce qui précède je dirai que la Philosophie n’est pas une « Science figée » et qu’elle se renouvelle sans cesse au fil des siècles avec l’apport de nouvelles réflexions des uns et des autres mais néanmoins il me semble que tous les philosophes butent sur le même obstacle selon leur tempérament, leur culture et leurs sentiments intimes qu’ils ne maîtrisent pas et beaucoup d’entre eux contournent l’obstacle en faisant appel à une transcendance et sortent de ce fait du cadre intellectuel...
Rlz
NB : Je me suis inspiré du programme de ce colloque et des sujets traités par les intervenants « croyants » et « non croyants », sans à priori, mais en essayant de prendre un certain recul par rapport aux interventions de ceux-ci dont je respecte cependant les options quelles qu’elles soient...
Rlz