vendredi 13 juin 2008

Heureuse Islande Blog 101

PRAGMATISME ET MODERNITÉHeureux comme un Islandais


Isolée au beau milieu de l’Atlantique, confrontée à des hivers interminables, l’Islande est, selon l’ONU, le pays où l’on vit le mieux sur terre. Un reporter britannique explique pourquoi c’est sans doute vrai.


Des hordes d’enfants (le plus fort taux de natalité en Europe), des foyers disloqués (le plus fort taux de divorce), des mères absentes (le plus fort pourcentage de femmes actives) : cela semble être une recette infaillible pour le malheur et le chaos social. L’Islande, ce caillou de lave subarctique auquel s’appliquent ces statistiques, arrive pourtant en tête du tout dernier classement [2007-2008] du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). En termes de richesse, de santé et d’éducation, la société et l’économie islandaises sont championnes du monde.
Les faits sont là pour démontrer la vitalité islandaise. Le pays affiche le sixième PIB par habitant du monde. C’est là où l’espérance de vie est la plus élevée pour les hommes, et presque la plus élevée aussi pour les femmes. C’est le pays dont le système bancaire se développe le plus rapidement. Ses exportations montent en flèche. C’est aussi le seul pays membre de l’OTAN qui n’ait pas de forces armées (elles ont été proscrites il y a sept siècles). Et la qualité de la vie est exemplaire : tous les foyers disposent de l’eau chaude courante, fournie directement par les entrailles volcaniques de la Terre ; l’air est d’une pureté de cristal ; et ainsi de suite.
Rien de tout ce bonheur ne serait possible sans une inébranlable confiance en soi, trait caractéristique de tout Islandais. Une confiance qui découle d’une société préparée culturellement à élever des enfants heureux, quel que soit le nombre de leurs pères et mères. Les origines vikings de ce peuple insulaire expliqueraient en grande partie cette prédisposition au bonheur. Leurs ancêtres étaient certes des pillards et des violeurs invétérés, mais ils avaient toutefois l’honnêteté morale de ne pas être jaloux des badinages de leurs épouses. Lesquelles étaient des femmes qui parvenaient à nourrir leur famille dans l’impitoyable quasi-toundra de cette île perdue pendant que ces messieurs partaient écumer des terres lointaines, parfois pendant des années. Comme me l’a expliqué une grand-mère : “Les Vikings s’en allaient et c’étaient les femmes qui commandaient. Elles avaient des enfants avec leurs esclaves, et, quand leurs hommes revenaient, ils acceptaient ces enfants.”
“Ici, les familles recomposées sont une tradition”,
ajoute Oddny Sturludóttir, séduisante pianiste de 31 ans, mère de deux enfants de pères différents. Elle parle couramment allemand, traduit des livres anglais en islandais et est conseillère municipale à Reykjavík, la capitale. “Il est courant que les femmes aient des enfants avec plus d’un homme. Mais tous forment une famille.”
Je m’en suis aperçu à plusieurs reprises avec les gens que j’ai croisés ici. Le cas d’Oddny n’a rien d’exceptionnel. L’Islande, blottie au cœur de l’Atlantique Nord et qui a pour proche voisin le Groenland, était hors de portée de la plupart des missionnaires chrétiens du Moyen Age. C’est une terre païenne, comme les autochtones aiment à se l’imaginer, libérée du fardeau des tabous qui ailleurs engendrent beaucoup de détresse. Les Islandais sont par conséquent des individus pragmatiques, qui ne tergiversent pas lorsqu’il est question de séparation. S’ils peuvent faire ce choix, c’est parce que la société ne les stigmatise pas. Et les familles font bloc autour des enfants de parents séparés. Les Islandaises, aussi modernes soient-elles (Vigdís Finnbogadóttir, mère célibataire, est devenue en 1980 la première femme au monde à être élue présidente au suffrage universel), perpétuent l’antique tradition qui consiste à avoir des enfants très jeune. “Il est question de femmes de 21 ou 22 ans qui ont délibérément des enfants, très souvent alors qu’elles sont encore à l’université”, poursuit Oddny. Dans une faculté française ou britannique, une étudiante enceinte serait marginalisée. A l’université de Reykjavík, il n’est pas rare de voir des jeunes femmes enceintes.





Extrait du Courrier International





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