vendredi 3 août 2007

Un peu de Poêsie

Blog 032

Août 2007

La Rose et le Réséda.

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats

Lequel montait à l’échelle et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leurs pas

Que l’un fut de la chapelle et que l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèle des lèvres, du cœur, des bras

Et tous les deux disaient : qu’elle vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Du haut de la citadelle la sentinelle tira par deux fois l’un chancelle

L’autre tombe et mourra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Ils sont en prison lequel a le plus triste grabat

Lequel plus que l’autre gèle lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Un rebelle est un rebelle nos sanglots font un seul glas

Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

Il coule il coule et se mêle à la terre qu’il aima

Pour qu’à la saison prochaine murisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas

L’un court l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura

Dites flute ou violoncelle le double amour qui brula

L’alouette ou l’hirondelle la rose et le réséda.


Louis Aragon ( 1897 – 1982 )

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