APPEL SOLENNEL
à Monsieur Jean-Louis BORLOO, Ministre de l’Ecologie,
du Développement et de l’Aménagement durables,
à Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET,
Secrétaire d’État chargée de l’Ecologie
ainsi qu’à tous les participants au
“GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT”
d’octobre 2007
par Pierre LANCE
écrivain, philosophe, sociologue
Monsieur le Ministre,
Madame
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Mais, comme chacun sait, le projet échoua. Pourquoi ? Parce qu’au lieu d’agir énergiquement et vivement, comme la situation l’exigeait, les chefs de l’armée de secours perdirent plusieurs semaines en concertations, discussions, palabres, débats, tractations et compromis de toutes sortes et manquèrent le rendez-vous avec les assiégés. De ce fait, nos ancêtres les Gaulois, adorateurs des arbres et des sources, écologistes donc avant la lettre, perdirent leur indépendance et, avec elle, la philosophie naturaliste qui était la leur.
C’est ce qui fit écrire beaucoup plus tard à l’historien britannique Will Durant, dans son œuvre monumentale The Story of Civilization : “...Le siège d’Alésia eut pour conséquence de soumettre à une orientation radicalement transformée toute l’histoire de la civilisation française.” Et à travers elle, ajouterai-je, l’européenne.
Eh bien je crains fort, Monsieur le Ministre, Madame
Après quoi l’on a beaucoup discuté.
Cinq années ont passé sans que rien de décisif ne soit entrepris. Aujourd’hui, la maison est à moitié brûlée, et l’on discute encore.
Les forêts tropicales disparaissent à toute vitesse. Et l’on discute...
Les poisons chimiques follement dispersés dans la nature ont pénétré au cœur de toutes les espèces vivantes, hommes inclus. Et l’on discute...
La production des spermatozoïdes humains a baissé de moitié en trente ans, ce qui est une terrible atteinte à la vitalité de notre espèce. Et l’on discute...
Les terres cultivables épuisées et bombardées de pesticides et d’engrais voient leur production décliner en quantité, s’effondrer en qualité. Et l’on discute...
Le cancer, le sida et toutes les maladies dégénératives explosent. Et l’on discute...
Les maladies nosocomiales et iatrogènes, c’est-à-dire provoquées par la médecine elle-même, atteignent des proportions affolantes. Et l’on discute...
Les enfants, plus vulnérables que les adultes, sont de plus en plus victimes des allergies, de l’asthme, de l’autisme, de la leucémie aiguë. Et l’on discute...
Les incinérateurs diffusent dans l’atmosphère des dioxines aux effets neurotoxiques avérés qui se répandent au loin sur les herbages et les cultures et s’accumulent dans les matières grasses des viandes, des poissons, des produits laitiers. On en retrouve dans le cordon ombilical des nouveau-nés, le liquide amniotique, le lait maternel. Et l’on discute...
Bref, la planète entière est corrompue à mort par une industrie chimique tombée aux mains de mégalomanes irresponsables et inconscients que les pouvoirs publics sont incapables de juguler et qui conduisent l’espèce humaine au suicide sous hypnose.
Vous le savez tous. Et vous voulez encore discuter ?
Mais discuter de quoi, sacrebleu ?
De mesurettes totalement ineptes comme la réduction de la vitesse des véhicules de
La maison brûle, et pour éteindre l’incendie, vous brandissez des pistolets à eau ?
Vous voulez discuter, un peu plus sérieusement, de multiplier par trois la surface des cultures françaises en agriculture biologique à l’horizon 2010, et de la multiplier par dix à l’horizon 2020.
Quel horizon ? Il n’y a plus d’horizon ! Notre horizon est complètement ténébreux.
En 2020, vos enfants et petits-enfants seront presque tous cancéreux. Vous-mêmes serez parkinsoniens ou alzheimeristes. Et franchement, à lire vos sujets de discussion, je me demande même si vous n’êtes pas déjà tous menacés par la sénilité précoce.
Mais bon sang, l’agriculture biologique, c’est-à-dire la seule qui puisse progressivement nous rendre la santé et préserver celle des générations futures, occupe aujourd’hui 2 % de la surface agricole française ! Et vous considérez comme des objectifs ambitieux qu’elle en occupe 6 % seulement en 2010 et 20 % en 2020 ? La dégradation de nos organismes a pris le TGV et vous prétendez la rattraper au train des limaces ?
Car, ne vous y trompez pas, c’est bien une guerre que vous avez à livrer. Une guerre implacable contre la sottise, l’aveuglement, la rapacité, la lâcheté et l’inertie. Et si vous voulez remporter la victoire, celle de l’intelligence, du courage et de la lucidité, il n’y a pas une semaine à perdre. De toute évidence, il convient :
- D’orienter toute l’agriculture française vers le 100 % biologique, et cela en moins de cinq ans.
- De couvrir de capteurs solaires les toits de tous les immeubles, l’Etat devant montrer l’exemple en équipant ainsi tous les bâtiments administratifs, écoles, hôpitaux, perceptions, etc., cela aussi en moins de cinq ans.
- De mettre en œuvre toutes les productions possibles d’énergie renouvelable avec liberté complète pour les producteurs privés qui pourront le faire de vendre directement leur électricité aux consommateurs locaux, sans être obligés de passer par l’EDF, dont le monopole de distribution doit être aboli sans délai
- De stopper au plus vite tous les incinérateurs et d’accélérer les solutions de remplacement pour la gestion des déchets (récupération et recyclage des déchets matériels, production de méthane avec les déchets organiques).
- D’obtenir des industriels le zéro-pollution et l’organisation préliminaire à toute nouvelle production de la récupération et du recyclage de leurs produits usagés.
- De refuser toute importation de produits étrangers dont les conditions de fabrication ne répondraient pas aux normes sanitaires et écologiques françaises, tant en ce qui concerne le produit fini que les conditions de travail de ceux qui le fabriquent.
Cette liste est évidemment loin d’être exhaustive et ne recense que les quelques mesures les plus urgentes, à prendre toutes affaires cessantes.
Je m’étonne et me scandalise que personne ne veuille s’avouer que la cause première de toutes les dégradations de l’environnement que nous subissons n’est autre que la prolifération démentielle des humains sur notre planète de plus en plus exigûe. Si la multiplication des hommes n’est pas stoppée net, il est inutile de rêver à une quelconque sauvegarde de la nature et de notre santé, car nous périrons tous, détruits par nos maladies, asphyxiés par nos miasmes, enlisés dans nos ordures.
J’entends avec effarement prononcer des vœux pieux concernant la diminution des gaz à effet de serre (leur effet polluant étant d’ailleurs le plus inquiétant). Or, nul ne peut ignorer que les pays émergents, notamment
J’aimerais que les hommes politiques ne soient plus intimidés par des organisations religieuses qui prétendent être en relation directe avec le Ciel, mais qui semblent fâcheusement déconnectées des réalités de
Aussi me suis-je pris à rêver qu’à l’issue d’un triomphal “Grenelle de l’environnement” qui aurait su vous unir tous dans une farouche résolution de changer le monde par des mesures vraiment révolutionnaires, dans l’esprit sinon dans la forme, M. le Ministre Jean-Louis Borloo, tel un nouveau
7 octobre 2007
(Site Internet : http://assoc.wanadoo.fr/lerenouvelle/pub)
*auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont un roman d’anticipation écologiste (« Le Premier Président » - Filipacchi, 1993) qui situait en 2004 la montée des périls
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