
Blog 109
Juillet 2008
Aimé Césaire
( Extrait d’un "retour au pays natal " )
Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir...j’arriverais lisse et
jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition
de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies. »
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : « Embrassez-moi sans crainte...Et si je
ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai. »
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la
liberté de celles qui s’affaissent au cachot de désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les
bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de
douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui
danse... »
Aimé Césaire
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