vendredi 2 novembre 2007

Mes pratiques de l'Espagne franquiste

Le Général Franco

Blog 058

Novembre 2007

Mes Pratiques de l’Espagne franquiste.

Mon Blog 056 traitant des récentes décisions du Pape Benoit XVI en matière de canonisation de 500 franquistes espagnols exécutés par les Républicains m’a rappelé de nombreux souvenirs de caractère touristique et surtout professionnel ayant été, pendant de longues années, chargé des relations avec les pays Ibériques d’Europe et d’Amérique latine...

Il est bien évident que ces missions et voyages qui ont débuté dans les années 1950 et qui se sont terminés dans les années 1980 ont été riches d’enseignements de toutes sortes tant en ce qui concerne les mœurs que le contexte politique surtout dominé jusqu’en 1975, date du décès de Franco, par une dictature des plus sanglantes...

J’évoquerai tout d’abord mes voyages touristiques remontant à une période au cours de laquelle le passeport avec visa était obligatoire ainsi que le permis de conduire automobile international...
Inutile de préciser que l’on n’obtenait pas un visa sur sa bonne mine et que le délai s’y rapportant était de 2 à 3 semaines ( enquête obligeant)...

1) Voyages touristiques :

Dans les années 1950 nous habitions la Région Marseillaise et nos moyens pécuniaires étaient ceux de mon début de carrière et le camping sous toile était le seul dans nos possibilités ce qui dans un certain sens nous permettait une grande mobilité. Ce point apparemment accessoire nous a permis, en quelques années, de parcourir de nombreuses régions d’Espagne surtout du Nord, de la côte Est et du centre jusqu’à Madrid.

Puis plus tard, dans le années 1970 / 1980, pourvus d’une caravane, nous avons parcouru la côte Basque, la Galice, le Portugal, et toute la côte méditerranéenne pratiquement jusqu’à Gibraltar...

Il est bien évident qu’entre notre 1 er voyage, encore sous les séquelles de la guerre civile et nos voyages qui suivirent, beaucoup de choses avaient évolué :


-le nombre de policiers et militaires en uniforme visibles dans les rues et même sur les routes nationales, loin des agglomérations, avaient sensiblement diminué ;

- la conduite automobile s’était intensifiée mais sans pour autant avoir amélioré l’expérience des chauffeurs ;

- le travail manuel dans les champs avait régressé au profit de quelques machines agricoles évidemment plus onéreuses que la main d’œuvre « triée » et sous payée ;

- par contre les coopératives agricoles étaient toujours aussi « catolica » :

- le port du maillot de bain 2 pièces pour les femmes et les bras nus n’étaient plus autant proscrits et le port du short pour les hommes était toléré sauf dans les édifices religieux.

- le nombre de religieux en soutane semblait avoir diminué...

A ce propos je ne peux pas passer sous silence une aventure que nous avons vécu à Avila sur l’unique terrain de camping y existant dans un domaine appartenant au clergé et visité à cheval plusieurs fois par jour par le curé local : les 4 jeunes couples de campeurs français que nous étions ( femmes et hommes) étions vêtus décemment, mais en short. Eh bien dans la ½ heure qui suivit notre arrivée une dizaine d’hommes « curieux » sont venus nous observer sans la moindre discrétion pénétrant même dans les tentes où se reposaient nos femmes. Nous avons dû prévenir la police qui assura ensuite pendant toute la durée de notre séjour une garde de nuit et de jour...Pour comprendre et excuser cette histoire il faut la replacer dans le contexte de l’époque où tout ce qui avait une connotation sexuelle était sanctionnée...

Je clôturerai cette 1 ère partie de ce texte dont l’actualité est aujourd’hui apparemment dépassée pour me consacrer à des évènements plus récents impliquant mon activité professionnelle qui, comme on le verra, porte encore les stigmates de corruptions et de compromissions dont j’ai failli faire les frais à la fin de ma carrière professionnelle... J’en parlerai ci-dessous...

2) Missions professionnelles :

Avant toutes choses il faut rappeler que l’Espagne des années 1950 était presque totalement dépourvue d’industrie Aéronautique si l’on exclut les quelques emplois subalternes sur les bases US particulièrement implantées autour de Madrid mais il existait néanmoins une volonté de recréer un minimum d’activité dans ce domaine en s’appuyant sur une aide Européenne et particulièrement Française...

C’est à ce titre que de nombreuses sociétés françaises, soit directement soit indirectement par des officines plus ou moins officielles, offrirent leurs services aux industriels locaux.

Inutile de préciser que les franquistes, membres de la Phalange et anciens militaires, se précipitèrent dans ce « business » et ce furent mes correspondants officiels à Madrid, Barcelone, et Séville, entre autres...Non seulement des Espagnols de souche mais aussi d’anciens nazis restés en Espagne après le guerre civile participèrent à cette opération rémunératrice et je ne citerais qu’un exemple : celui d’un ancien espion nazi qui se faisait verser ses commissions sur un compte à Hambourg...

Inutile de préciser que tous mes correspondants possédaient la carte du parti au pouvoir ce qui me permit d’accéder à des sites hautement protégés en leurs compagnies. Une fois j’ai même vu un policier s’excuser pour avoir voulu verbaliser mon accompagnateur qui avait mal garé sa voiture sur l’Aéroport de Madrid, uniquement sur présentation d’une certaine carte...

Mon correspondant principal à Madrid, ancien Officier de l’armée franquiste, catholique fervent,
avait dans son bureau un grand tableau mural représentant des avions ayant des croix chrétiennes comme emblèmes bombardant un village : c’est beau la charité chrétienne !

Ce même correspondant auquel j’avais posé sciemment la question sur l’importance numérique des Francs Maçons en Espagne m’a répondu froidement : « Il y en a trop »...

Pour illustrer l’état de conditionnement dans lequel étaient les Espagnols de l’Espagne franquiste je citerais seulement le vol de mon sac de voyage dans la voiture de mon correspondant madrilène, sac contenant non seulement mes affaires personnelles mais aussi des dossiers confidentiels sur nos relations commerciales. J’ai fait une déclaration de vol au commissariat du quartier ainsi qu’au Consulat Français de Madrid mais tout cela est resté sans suite sauf de la part de mon Directeur qui m’a rappelé qu’on ne voyageait jamais avec des originaux de dossiers...

Eh bien, le commentaire qui me fut fait par un dirigeant du Parti franquiste a été :

« Ce sont des communistes qui vous ont fait cela... »

Heureusement j’ai eu parfois d’autres interlocuteurs dont un jeune Ingénieur que j’ai reçu chez moi à Paris qui n’avait pas été totalement « pollué » et qui m’avait dit cependant « que Franco n’était qu’un dictateur de papier ». Je n’ai jamais revu ce garçon qui est mort quelques mois après dans un accident d’hélicoptère...

Je pourrais encore raconter d’autres situations dans lesquelles je me suis trouvé lors de ma « carrière espagnole » mais je voudrais terminer par quelque chose de plus lamentable...

Un jour où je me croyais en confiance avec notre « nouveau représentant » et mon interlocuteur Espagnol habituel ( depuis bientôt 20 ans ) autour d’un excellent repas j’ai laissé échapper une phrase du genre : « Nous autres Français sommes profondément Républicains »...

Cette phrase a été exploitée par celui qui visait à me succéder et je fus déchargé de mes relations avec l’Espagne au profit de 3 intrigants d’origines russe tzariste et italienne naturalisés depuis peu dont la République était le dernier des soucis et dont les services rendus et rémunérateurs que j’ai menacé de signaler au fisc ont fait tomber la pression exercée sur moi...

A titre indicatif et complémentaire mon successeur en Espagne fut refusé comme correspondant en Argentine où j’étais particulièrement apprécié de l’Ingénieur en Chef commandant l’usine aéronautique de Cordoba....

Rlz

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