Blog 017
Juillet 2007
Souvenirs d’un adolescent entre 1940 (11 ans ) et 1947.
( Affaire Papon, passé du Président Mitterrand, affaire Touvier, etc.) m’ont amené à me remémorer un certain nombre de faits et évènements que l’adolescent que j’étais a connu à Maisons-Laffitte dans la région parisienne entre 1939 et 1947, c'est-à-dire dans une période des plus sombres de l’histoire de notre pays…
2) Fils d’un ouvrier serrurier et d’une mère artisane blanchisseuse j’ai, si j’ose dire, tout naturellement fréquenté l’école primaire de
Que sont-ils devenus ? Vous le devinez…
Ce qui est grave, à mon sens, c’est que des Lévy, des Bernheim, des Godfried disparaissaient pratiquement tous les jours dans l’indifférence générale. Dans le fond, si l’on n’était pas juif, communiste, républicain espagnol, antifasciste italien on ne se sentait pas concerné, c’était le «chacun pour soi » à de rares exceptions près, exceptions qui sont, en 1944, vite devenues majoritaires dès que les éléments avancés de
3) Ce propos introductif volontairement sévère va être étayé par un certain nombre de faits dont j’ai été témoin et qui ont marqué à tout jamais ma mémoire. Je vais essayer de respecter une certaine chronologie mais ce ne sera pas forcément toujours le cas.
Peu de temps avant la déclaration de la guerre, en 1939, mes parents dont la sympathie politique était à gauche avaient applaudi à l’élection d’un Conseiller Général communiste un certain Delmas ( Maire d’Achères si mes souvenirs sont exacts ). Le soir de cette élection tous les sympathisants du nouvel élu s’étaient retrouvés dans le café de la « Mère Jeanne » face à la vieille église ( près du Château ) pour y fêter cette victoire. La « Mère Jeanne », comme tout le monde l’appelait, était une militante communiste excessive mais généreuse qui, lors de la guerre civile espagnole, collectait des vivres et des objets de 1 ère nécessité pour les Républicains.
Eh bien, dès les premiers jours de l’occupation allemande cette « brave dame » a ouvert toute grandes ses portes ainsi que les lits de ses filles à l’occupant pendant que le Conseiller Général Delmas était arrêté puis fusillé…
Et pourquoi ne pas citer le cas du comédien Harry Baur qui habitait aussi Maisons-Laffitte et que sa femme aurait dénoncé comme juif et Franc-Maçon afin de couler des jours heureux avec son amant…
Aucun milieu n’échappait à cet instinct de survie qui poussait les gens aux pires agissements : n’ai-je pas vu à 2 reprises un de mes oncles, ancien Normalien, faire le salut hitlérien au passage de détachements de soldats allemands.
Pratiquement tout le monde avait perdu les repères moraux qui régissaient auparavant les règles de la vie sociale : le vol, la délation, les compromissions, les tricheries, le marché noir, tout cela était « monnaie courante ».
Comment ne pas évoquer le bombardement américain, en mai 1944, du train arrêté en gare de Sartrouville et qui conduisait de nombreux turfistes au champ de courses de Maisons-Laffitte, duquel on retira 250 morts et dont les survivants se pressaient dans les fiacres ( seul moyen de transport restant ) pour ne pas manquer la 1 ère course et cela au détriment des secours dépêchés sur les lieux du drame ? ( J’étais sous ce bombardement : ce ne sont pas des racontars…)
4) Les points de repère où étaient-ils ?
Les moyens d’informations ( Journaux, radio ) étaient entre les mains de l’occupant, l’Eglise Catholique prêchait l’anticommunisme et combien de fois n’ai-je pas entendu le curé de Maisons-Laffitte vilipender en chaire
La police, les gendarmes faisaient leurs métiers aux ordres des autorités en place, qui peut le nier ?
Je me souviens encore, comme si c’était hier de la paire de gifles que m’a administrée un gendarme parce que je venais glaner des pommes de terre dans la plaine d’Achères 10 minutes avant l’heure règlementaire. ( Nous n’avions aucune famille à la campagne pour nous envoyer des colis de vivres )
Plus grave, la garde assurée par des policiers français en tenue dans la rue située derrière le siège de
Oui, où étaient les points de repère ?
Qui incarnait les vraies valeurs ?
- Pétain, auteur des exécutions pour l’exemple en 1917 et dont Clémenceau a dit « qu’on lui avait fait gagner la bataille de Verdun à coups de pied au cul », ainsi que sa clique de renégats du PS et du PC ( Laval, Doriot, Darnand et l’amiral Darlan ) ;
- L’Eglise Catholique toute heureuse de regagner le terrain perdu en 1905 ;
- De Gaulle pratiquement inconnu jusqu’en 1944 et qui fut acclamé à l’Hôtel de Ville de Paris aux cris de « Vive Leclerc » quelques semaines seulement après l’accueil réservé à Pétain en route pour Sigmaringen dans les fourgons de
- Echapper au STO ( Service du travail obligatoire en Allemagne ) en s’engageant dans le maquis, en se cachant dans une ferme de
- Rejoindre
- Même Marcel Cachin, vieux routier de la politique, ancien Secrétaire Général du PCF avait, par peur des représailles, rédigé une proclamation condamnant la résistance à l’occupant. Je vois encore cette affiche sur les murs de Maisons-Laffitte…
Bien sûr, il y avait
De Gaulle : oui, mais il ne s’exprimait pas souvent personnellement sur
Combien de Français ont entendu le fameux appel du 18 juin 1940 ?
Nous, non et puis mon père qui avait fait la « Der des Ders » ( 1914 / 1918 ), avait été mobilisé comme spécialiste en 1938 au moment de Munich, puis en 1939 n’avait guère confiance dans les militaires quels qu’ils soient…
5) La résistance existait, c’est sûr, mais personne n’osait en parler. Certains en parlaient trop pour en faire réellement partie. Je me souviens qu’en été 1941, j’avais 12 ans, je fréquentais une garderie de
D’autre part, parmi mes camarades de classe il y avait un garçon de Sartrouville dont le père était Chef mécanicien au chemin de fer, un jour on a retrouvé le cadavre de cet homme dans la forêt de St Germain, vers la gare d’Achères. J’ai appris 20 ans plus tard qu’il avait été abattu par la « Résistance fer ». Pourquoi ?
6) Dans un autre ordre d’idées que dire des commerçants qui faisaient de la rétention de marchandises pour la réserver aux plus offrants ? Et que dire de ceux qui, après avoir bien profité des circonstances, allaient se « refaire une virginité » dans une autre région où ils ouvraient un nouveau commerce avec l’argent gagné pendant 4 ans, le hasard a voulu que quelques années plus tard j’ai rencontré au cours de mes voyages 2 familles ayant profité de ces circonstances…( Le film « Au bon beurre » image bien ce contexte.)
Je ne voudrais pas clore ce texte sans rappeler que lors du repli des troupes militaires allemandes, il y avait de nombreuses familles françaises avec leurs voitures à chevaux bourrées de mobiliers et autres affaires personnelles. Eux aussi avaient dû faire un « mauvais choix », sur quels critères ?
Cette narration d’évènements que j’ai personnellement vécus n’ont pour objectif que de rappeler qu’il est difficile de juger, 50 ans après, les faits et les personnes si l’on n’a pas été témoin soi-même ou confronté à ce type de situations dans un contexte où toutes les valeurs et les références ont disparu et où la culture politique n’est le fait que d’une infime minorité…
Les donneurs de leçons passés, présents et à venir feraient bien de se poser la question de savoir ce qu’ils seraient amenés à faire dans des situations comparables…
N’ai-je pas vu, toujours à Maisons-Laffitte, des excités des « Croix de Feu » ou du PSF
( Parti d’extrême Droite ) être de bons militants de gauche à partir de 1945 et des « collabos » notoires accéder à
7) Dans ces périodes pour le moins troubles le meilleur côtoie le pire sans qu’on en ait vraiment conscience comme le prouve l’exemple de Jacques Bonsergent dont je ne voudrais pas passer sous silence l’histoire héroïque :
Jacques Bonsergent, Ingénieur de l’Ecole des AM, était Directeur d’une usine dont j’ai oublié le nom. Un jour la police allemande est venue lui demander la liste des communistes travaillant dans son entreprise. Ayant refusé catégoriquement il fut arrêté et fusillé…( Je crois pouvoir affirmer que ce fut le 1 er Français fusillé par l’occupant .)
Une station de métro de Paris et une petite place portent aujourd’hui son nom, c’est quasiment tout ce qui reste de cet acte de courage civique…
8) Dès
Je me souviens avoir assisté à des réunions de
Un certain nombre de noms aujourd’hui inconnus des nouvelles générations sont restés dans ma mémoire :
- Emmanuel d’Astier de
- Mme Thome Patenôtre ( Parti Radical ),
- Maurice Joyeuse ( Fédération Anarchique),
- Jean-Paul David ( Parti Radical),
- Yves Roucaute ( Parti Communiste) dont le fils est aujourd’hui UMP…
Bien sûr nous étions un certain nombre de jeunes à participer à ces réunions et parfois à intervenir malgré le brouhaha du à la liberté retrouvée après 5 ans de silence forcé…
Et puis nous fûmes tous pris par nos occupations professionnelles ou estudiantines, les groupes se disloquèrent et les politiques prirent les affaires en main dans un certain calme mais la suite est une autre affaire…
Où est
Rlz
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire